Vous avez peut-être vu l’affiche un peu partout dans les villes de Suisse romande, un Black en train de peiner pour porter un énorme caillou, dans un stade de foot. Une affiche contre l’exploitation des ouvriers avant le mundial de foot, lancée par l’œuvre suisse d’entraide ouvrière. Une affiche qui exige des conditions de travail équitables lors de Coupes du Monde de football et qui pose la question suivante : « Des milliards de bénéfices pour la FIFA et des salaires de misère pour les ouvriers en Afrique du Sud ? ».
Une campagne courageuse puisque tout le monde se beurre le c.. du sort réservé aux ouvriers africains, tant qu’il y a du sport, du Ribery, des prostituées et de la bière. La preuve, la pétition qui est sur le site horsjeu-afriquedusud.ch a été signée par à peine 3600 personnes.
Et pourtant, on nous dit qu’à Durban, les familles expulsées pour la construction des stades attendent encore d’être relogées, que la FIFA interdit aux journalistes sud-africains de critiquer la Coupe du monde ou encore que les ouvriers sont bien payés quand ils gagnent deux francs trente de l’heure.
Des quartiers rasés, des habitants chassés, des ouvriers exploités et le mot est encore faible. Deux francs trente de l’heure pour les gars qui construisent les stades d’une Coupe du Monde qui va rapporter 2 milliards de francs minimum à la FIFA. Voilà une drôle de notion de l’équité. Mais c’est évidemment pas par grandeur d’âme que les multimillionnaires du foot business ont choisi l’Afrique du Sud. 20 millions de pauvres sur 47 millions d’habitants, c’est bon pour le dumping salarial. Vu le nombre de prostituées qu’il y a partout là-bas, Ribéry et ses potes devraient pouvoir survivre quelques jours, en prenant leurs précautions puisque l’Afrique du Sud, c’est aussi 5 millions de séropositifs.
Un pays étranglé par la maladie et par les malades qui restructurent économiquement la planète, de la Banque mondiale au Fonds monétaire international. Là-bas comme dans tant d’autres pays, une sorte d’apartheid économique a remplacé l’apartheid racial. Des millions d’emplois ont été supprimés depuis le milieu des années 90, les salaires des travailleurs pauvres ont baissé de 20%, les quartiers défavorisés ont vu leur facture d’eau grimper de 50%, celle d’électricité de 400%. Résultat, des centaines de milliers de gens chopent des maladies comme le choléra en étant contraints de boire de l’eau contaminée. 20 000 familles se font couper l’électricité chaque mois à Soweto.
Les privatisations mettent une immense partie de la population dans la dèche et sur le chemin du boulot, une affiche de l’œuvre suisse d’entraide ouvrière tente de sensibiliser l’automobiliste stressé au triste sort de la population sud-africaine. Une affiche que tout le monde oubliera dès le coup d’envoi du premier match. Une réalité économique qui ne changera pas après le coup de sifflet de la dernière rencontre. Reste plus qu’à espérer que Ribéry et ses potes de la FIFA fassent la grosse festouze tous les soirs, cela fera au moins tourner les bars à champagne.
bien dit. Je ne sais pas pour vous, mais moi je vais boycotter le foot cette année.
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