Le 17 décembre prochain, le monde se souviendra peut-être du Tunisien Mohamed Bouazizi. La Tunisie, un pays où le taux de chômage officiel tourne autour des 15% et où le chômage des jeunes diplômés est considéré comme un véritable fléau. Faute de trouver un travail après l’université, les jeunes sont obligés de trouver toutes les combines pour s’assurer un petit revenu. Pour Mohamed Bouazizi, c’est les fruits et légumes, principale richesse de la région où il vit. Dans sa petite ville de Sidi Bouzid, à 250 km au sud de Tunis, il essaye de se faire un peu de sous comme vendeur ambulant.
Vendeur ambulant de fruits et légumes quand t’es universitaire, il y a de quoi te foutre les nerfs, mais Mohamed est tunisien et Mohamed a juste envie de travailler. Surtout que dans sa famille, derrière lui, il y a sept enfants. Des gosses qui comptent sur lui vu qu’il est le seul à avoir un semblant de boulot chez les Bouazizi. Alors Mohamed pousse sa charrette, en rêvant du jour où il pourra s’acheter une petite camionnette d’occase pour arrêter de se bousiller le dos. Sauf qu’avec tout ce que la police lui pique en pots-de-vin, il arrive pas à économiser grand chose.
C’est dire s’il est dans la merde quand les policiers qui le rackettent d’habitude décident carrément de lui piquer son outil de travail : sa charrette et la vieille balance avec laquelle il pèse ses légumes. Alors Mohamed s’insurge, crie que c’est injuste, qu’il a besoin de sa charrette pour faire manger sa famille, mais en guise de réponse, un des agents se contente de lui balancer une gifle.
Comme Mohamed a fait des études, il se sent capable de se défendre. Malgré son humiliation, sa rage, le fait qu’il doute qu’on l’entende, il prend son courage à deux mains et se décide à aller voir le préfet. Mais à Sidi Bouzid, il n’y a personne pour l’écouter. Le préfet refuse de le recevoir. L’histoire du petit vendeur ambulant qui s’est fait tirer sa charrette, elle n’intéresse personne, tout le monde s’en fout. Alors Mohamed, humilié et désespéré, décide de s’immoler par le feu devant la préfecture. C’était un 17 décembre à Sidi Bouzid, où des émeutes éclatent un peu plus tard.
Dix jours plus tard à Tunis, quelques milliers de citoyens courageux défilent pour exprimer leur solidarité avec la famille Bouazizi. Un mois plus tard, le 14 janvier, le dictateur Ben Ali se casse en Arabie Saoudite. Le 23 octobre dernier, la Tunisie votait, une véritable fête électorale pour le premier scrutin clé du Printemps arabe. La Tunisie qui votait un peu grâce à lui, Mohamed Bouazizi, 26 ans, universitaire vendeur ambulant de fruits et légumes, mort brûlé vif devant la préfecture de Sidi Bouzid un 17 décembre 2010, il y a bientôt un an.
Eric Grosjean, MERCI!
Merci pour ces coups de gueule jamais gratuits, jamais insolents, toujours justes et pertinents, et même parfois touchants, comme celui-ci!
Toujours avec le désir, l’ambition d’un monde meilleur, donc, au fond, avec Amour (me trompe-je?)
Mais quand même juste ce qu’il faut de mordant, de piquant, de secouant…
Merci de dire tout haut ce qu’on ne peut que dire un peu plus bas faute d’être sur la scène médiatique!
MERCI Eric Grosjean
Et que la vie soit belle!
[Réagir]
R.I.P Mohamed
[Réagir]