Médiablogues

À propos

Un regard explicatif et critique sur le fonctionnement et le contenu des médias: TV, radio, presse écrite, internet, principalement en Suisse mais aussi en France ou ailleurs.

En apéritif, des séquences qui buzzent sur le web. En plat principal, des entretiens avec des journalistes, des experts en médias, des personnes ayant fait l’expérience d’une couverture médiatique. Au dessert, de brèves nouvelles du monde des médias. Au digestif, dialogue avec les auditeurs.

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Et si le vrai danger d’internet était l’avènement du flou ? L’information floue que dénonce Ignacio Ramonet, floue parce que non vérifiée, mais qu’on propage par besoin de vitesse et plaisir de la rumeur ; le « consensus mou » des réseaux sociaux, selon Alexandre des Isnards et Thomas Zuber, cette façade conformiste gommant tout ce qui pourrait nous exposer à la critique ou au conflit ; le goût de l’anonymat, le flou des identités ; la négligence des sites de publication de vidéos, sur lesquels on trouve rarement toutes les indications sur l’origine du produit : date, lieu, auteur, protagonistes…

C’est d’autant plus paradoxal qu’internet est un outil de précision. La toile conserve tout et référence tout. Alors pourquoi ce flou qui contamine aussi des sites gérés par des professionnels ? Pourquoi, même chez les journalistes, des règles de base du métier, bien assimilées en presse imprimée ou audiovisuelle, sont-elle négligées sur le web ? Est-ce seulement une question de temps, avant qu’internet ne se normalise ? Ou est-ce un effet de notre société de divertissement et de communication, qui ne s’encombre plus trop de données précises ?

Pourquoi titrer, dans le 20 minutes suisse, que « les Français détestent Laurence Ferrari » ? Tout ce que dit le sondage, c’est qu’une nette majorité des personnes interrogées préféreraient voir un autre présentateur au JT de TF1. Personne ne dit la « détester ». C’est un verbe choisi dans ce titre pour choquer, en espérant que ça attire le lecteur. C’est un verbe irrespectueux, qui tend à légitimer des sentiments violents. Mais sans doute la rédaction en chef de 20 minutes ne verra-t-elle pas où est le problème…

Et si Mark Zuckerberg avait raison ? Quand le fondateur de Facebook affirme que la vie privée est morte, il est convenu de réagir par une saine indignation. Que ma vie soit, au moins en partie, à l’abri des regards de tous, nous avons appris à le considérer comme un droit fondamental. Mais pourquoi, au fond ? J’ai beau chercher, je ne vois pas. Si j’ai un jardin secret, que je tiens vraiment à cacher, je saurai encore le faire, même si par ailleurs je participe à la transparence des réseaux. Historiquement, le droit à une vie privée a surtout servi à nous protéger de l’arbitraire du pouvoir politique ; cette utilité-là est devenue marginale.

De toutes façons, comme le relevaient ce matin Alexandre des Isnards et Thomas Zuber, auteurs de « Facebook m’a tuer », on ne montre de soi qu’un visage théâtralisé, que ce soit sur le réseau ou dans la vie « réelle ». Il faut juste apprendre à faire attention à ne pas montrer quelque chose qui peut nous nuire par la suite (comme des photos compromettantes). Sinon, que l’époque nous amène à n’avoir qu’une identité, à ne plus séparer un visage professionnel d’un visage privé, c’est probablement plus sain à vivre. Le problème de Facebook, c’est surtout cette obsession que relevaient nos deux invités : celle de faire valider sa vie par les autres. Là, il y a une vraie perte de liberté.

Au Japon, on ne fait plus confiance aux médias traditionnels. Trop liés au pouvoir. Lequel fait en sorte, volontairement, que le public soit mal informé. Désormais les Japonais, qui sont très branchés sur les nouvelles technologies, s’informent plutôt par internet et les réseaux. Voilà le tableau que nous peignait (trop) brièvement Georges Baumgartner ce matin. Les Japonais sont-ils en avance sur nous ? Les médias alternatifs remplaceront-ils un jour la presse et le TJ ?

En Europe, ça paraît loin. Je dirais même que j’y crois moins aujourd’hui qu’il y a trois ans, dans la première année de Médialogues. Sur la toile, on a assisté à la victoire de l’information maîtrisée par des journalistes, ou des images de professionnels de télévision, sur la production citoyenne - manière élégante de qualifier un travail bénévole ou amateur qui coûte du temps et parfois de l’argent, et bénéficie rarement à son auteur. Et peut-être nos médias ont-ils - malgré les sondages - gardé un peu plus de crédibilité que les médias japonais ?